12/12/2018

Quand l’eau en bouteille se met à table - +

Depuis qu’Edena a innondé le marché local de ses bouteilles en plastique à la mode seventies, les Réunionnais se sont mis à l’eau de source. L’eau gazeuse non plus n’est pas en reste, et surtout pas dans les CHR. Qu’est-ce qui caractérise cette évolution de la consommation d’eau embouteillée ?

L'eau en bouteille

Le développement du marché repose aussi sur la diversification de l'offre (crédit photo : SFG-Fotolia.com)

Si l’air en conserve n’a pas franchement la côte, l’eau en bouteille, elle, est entrée dans les mœurs réunionnaises. Comment expliquer un tel engouement quand l’eau du robinet s’avère moins chère et, de manière générale, de bonne qualité ? Car l’eau en bouteille fait recette y compris en dehors des périodes cycloniques. Le Français fait partie des premiers acheteurs européens d’eau embouteillée. Le consommateur réunionnais ne boit pas autant d’eau en bouteille que son homologue de l’Hexagone, mais sur l’île, le nombre de litres d’eau par personne et par an a augmenté. D’après la société Edena, à la Réunion, le marché de l’eau en général est en légère progression entre 2011 et 2012. Même pendant la crise, l’or bleu serait donc toujours une valeur refuge.

Eaux locales, eaux importées

D’un point de vue local, Edena semble avoir ouvert une brèche il y a 30 ans. La première marque d’eau de source locale, qui reste leader, a joué un rôle déterminant dans le développement du marché. « Les autres eaux qui se sont établies en sont le témoignage » estime l’acteur historique. Pour ce qui est de l’eau gazeuse, le succès de Cilaos est incontestable. Entre 2000 et 2011, sa production a doublé. L’unique eau minérale naturelle gazeuse de l’île se distingue des ses concurrentes nationales par son origine 100% « péi » et son prix plus abordable. Depuis son arrivée il y a un peu plus de 12 ans, elle fait des ravages, y compris au sein des CHR qui représentent 8% des volumes vendus. Quant à la petite dernière, Australine, elle annonce distribuer 20% de sa production dans les CHR, « avec une évolution à deux chiffres ».

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Du côté des eaux importées, l’autre chouchou des CHR, c’est Perrier. La marque présente à la Réunion depuis une trentaine d’années réalise environ 15% de ses ventes dans les cafés, hôtels et restaurants de l’île. Sur des formats bien spécifiques : 33 et 20 cl. « On garde le même rythme de ventes depuis des années », explique Alain Picard, le directeur de la SORECOM. Selon lui, l’arrivée de la marque Cilaos n’a pas changé grand chose pour Perrier: « On n’a rien à voir avec Cilaos. La teneur en minéraux n’est pas la même. Et puis Cilaos est une eau destinée à accompagner le repas à table, Perrier est plus une base pour long-drink. Cela dit, depuis 5 ou 6 ans, Perrier propose une eau de table, elle aussi vendue en CHR. » Finalement, le problème principal des eaux importées, c’est leur prix. Comme le rappelle Alain Picard: « Quand on importe un container d’eau, on paye plus pour les frais que pour la matière. Ça nous coûte plus cher en importation qu’en produit même. »

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Une carafe d’eau s’il vous plaît !

De toutes les boissons, l’eau est la seule dont l’organisme de vos clients ait vraiment besoin. Pour autant quelle est sa part dans les commandes ? Et sur les tables, où la bouteille d’eau se place-t-elle face à sa grande rivale: la carafe ?

L'eau en bouteille

En terme de consommation d'eau, les services du midi et du soir ne se ressemblent pas (crédit photo : contrastwerkstatt-Fotolia.com)

Pour vérifier quelques tendances, CHR Journal a questionné les cafetiers, restaurateurs et hôteliers. Sans prétendre nous substituer aux instituts de sondages, nous avons relevé les similitudes. Première constatation, la plupart des restaurateurs interrogés ont calculé que sur 10 tables, 6 demandent une carafe d’eau. L’exception se fait dans des hôtels de type Créolia, où les clients, souvent en voyage d’affaires, préfèrent de loin l’eau en bouteille. « Chez nous, l’eau est incontournable, explique le directeur de l’hôtel Mercure Créolia, Pascal Turonnet, parce que nos clients viennent pour le business, ils la préféreront au vin par exemple. »

Eau plate ou avec des bulles ?

Bien souvent, lorsqu’ils passent commande, les clients demandent soit de l’eau plate, soit de l’eau gazeuse, sans plus de précisions. Pour le moment, le Créolia a choisi de servir une représentante locale de chaque catégorie: « Je préfère que mes clients repartent avec une image gustative de ce qui se fait à la Réunion, après tout, on n’est pas le Mercure de Bordeaux ! » Du côté du restaurant dyonnisien le Moon Walk, le gérant Gérard Mercier estime qu’en eau plate, « il n’y a pas d’incontournable. Le client nous demande de l’eau plate, pas de marque précise. » En revanche, le restaurateur a une forte demande en eau pétillante locale.
Autre remarque de restaurateurs, en terme de consommation d’eau, les services du midi et du soir ne se ressemblent pas. Le jour et la nuit, serions-nous tentés de dire. En effet, raconte Nicolas Poissonnier, géant et propriétaire de l’Artocarpe à St-Denis : « D’un côté on a le client du midi, qui est assez pressé. Pour lui c’est carafe d’eau, corbeille de pain et plat du jour. Les clients plus enclins à faire la fête, on les retrouve le soir. Eux, ne comptent pas. 9 fois sur 10, ils prendront une bouteille d’eau plutôt qu’une carafe. Parmi ceux-là, 70% commanderont de l’eau gazeuse. » A quelques pas de là, au Zanzibar, on évoque une consommation d’eau également répartie entre eau de source et eau minérale gazeuse. Si les bulles sont un plus, l’eau plate n’a pas encore dit son dernier mot. Les sources d’idées des professionnels pourraient bien ne pas encore être taries. D’ailleurs l’adage populaire préconise bien de ne pas se fier à l’eau qui dort.

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L’histoire des eaux locales

Des petites sources devenues grandes

Edena, Cilaos et Australine. Vous les connaissez de nom, mais savez-vous de quelle source viennent ces eaux ? Depuis quand existent-elles ? Quels événements ont marqué leurs parcours ? Voici quelques repères temporels.

L'eau en bouteille

Edena est bue depuis 1972, Cilaos a été embouteillée à partir de 1999 et Australine existe depuis 2005 (crédit photo : Jackin-Fotolia.com)

L’histoire de l’eau en bouteille Réunionnaise n’est pas un long fleuve tranquille. Tout commence avec la Société pour l’Exploitation et le Développement des Eaux de Source, comprenez Edena. Nous sommes en 1972. Yves Summing et ses associés décident de commercialiser après des Réunionnaises et Réunionnais l’eau pure de leurs montagnes. En l’occurrence il s’agit de l’eau filtrée par les roches volcaniques mafataises. La source s’appelle Denise. Un prénom, soit dit en passant, dérivé de Dionysos, le dieu grec de la vigne et du vin. C’est donc ainsi que le 5 octobre 1972, les premières bouteilles d’Edena sortent de l’usine basée à quelques pas de la fameuse source Denise. Dans le but de ne pas épuiser, dénaturer ni polluer le site, le parti est pris de prendre l’eau à la sortie souterraine de la source, sans forage ni pompage.

Après l’eau plate, l’eau gazeuse

Depuis sa découverte au 19e siècle, l’eau d’un autre cirque touche le cœur des Réunionnais. C’est véritablement dans les années 70, qu’une idée germe dans l’esprit d’Irénée ACCOT, premier Maire de Cilaos, et de Georges CHAN-OU-TEUNG, des limonades COT : mettre l’eau de Cilaos en bouteille. Le projet n’aboutira pas tout de suite.
Nous voilà donc de retour à Mafate. Non loin de la source Denise, se trouve la source Blanche. C’est elle qui depuis 1995 remplit les bouteilles d’eau Bagatelle. Une marque crée par la société Edena pour réagir à l’arrivée massive d’eaux importées de premier prix.
Pendant ce temps, Georges CHAN-OU-TEUNG se prépare à proposer une eau minérale naturelle gazeuse capable de concurrencer les marques nationales importées. C’est chose faite en novembre 1999 avec l’arrivée de Cilaos en GMS et dans les CHR. Des trois sources, celle qui alimente les bouteilles de Cilaos s’appelle Véronique. Irénée coule jusqu’aux bains du Centre Thermal et Manès n’est pas exploitée.

Un nouveau concurrent venu du sud

On note en 2002 l’arrivée en GMS et dans les CHR l’arrivée de l’eau pétillante fabriquée par la société Edena. Cette dernière a vu débouler sur le marché réunionnais une autre eau de source locale en juin 2005 : Australine. L’eau des Hauts du Baril s’est laissée dompter par la Société des Eaux de Basse Vallée.
Fin 2010, la rumeur s’officialise : Edena, leader avec ses – dit-on – 65% de parts de marché et 45 millions de litres par an, est à vendre. Parmi les repreneurs potentiels, on évoquait la Compagnie laitière des Mascareignes. La Cilam, qui en plus des produits laitiers et jus de fruits, s’occupe de l’eau Australine, principal concurrent d’Edena. Au bout du compte, le groupe Marbour reprend la société en mars 2011. Depuis, chacun des trois acteurs locaux continue à faire fructifier son or bleu sur un marché de l’eau en bouteille appelé, selon les termes des responsables d’Australine, « à évoluer rapidement ».

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